Biographie
Henry Grouès, dit l'Abbé Pierre, est né le 5 août 1912 à Lyon.
1931
Renonce par acte notarié à sa part du patrimoine familial et distribue ce qu'il
possède à diverses œuvres de charité. Entre chez les Capucins.
1938
Ordination sacerdotale le 14 août.
1941
Dès le lendemain de la rafle du Vel' d'Hiv à Paris, l'Abbé Pierre accueille des
Juifs rescapés d'une première rafle en zone libre.
1942-44
Clandestinité :
participe à la résistance, crée des maquis qui deviendront une partie de
"l'Armée du Vercors".
1943
Mai : Arrestation par l'armée allemande à Cambo-les-Bains (Pyrénées).
Evasion, par la traversée de l'Espagne et départ de Gilbratar vers Alger.
17 juin : première rencontre avec le Général de Gaulle, à Alger.
1945-51
Député de Meurthe et Moselle.
Président du Comité Exécutif du Mouvement Universel pour une Confédération
Mondiale.
1949
Avec André Philippe, Député, il dépose un projet de loi tendant à reconnaître
l'objection de conscience. Il entreprend la construction (souvent illégale) de
logements pour familles sans-abri et accueille chez lui un homme désespéré,
Georges : cet événement marque la fondation de la première communauté Emmaüs
(Neuilly-Plaisance).
1954
Une femme puis un bébé meurent de froid en janvier et en février. L'Abbé lance
un appel sur les ondes de RTL : c'est "l'insurrection de la bonté" à Paris et en
province. Lors de cet hiver de froid terrible, l'Abbé Pierre demande au
Parlement un milliard de francs, qui lui est d'abord refusé. Trois semaines plus
tard, le Parlement adopte à l'unanimité non pas un, mais dix milliards de
crédits pour réaliser immédiatement 12 000 logements d'urgence à travers toute
la France, pour les plus défavorisés.
Fondation de la revue "Faims et Soifs", de la S.A. HLM Emmaüs, de l'Union
nationale d'aide aux sans-logis qui deviendra la Confédération Générale du
Logement (association de locataires), ainsi que de l'Association Emmaüs de
Paris.
1969
Première assemblée générale d'Emmaüs International à Berne (Suisse), qui adopte
le Manifeste Universel du Mouvement Emmaüs.
1981
l'abbé Pierre est fait Officier de la Légion d'Honneur, au titre des droits de
l'homme.
1984
Lancement de la Banque Alimentaire en France, par Emmaüs, le Secours Catholique
et l'Armée du Salut.
1985
Constitution d'Emmaüs France qui rassemble toutes les composantes d'Emmaüs en
France.
1987
Décembre : Commandeur de la Légion d'Honneur, pour son action dans le domaine du
logement.
1988
Création de la Fondation Abbé Pierre pour le logement
des Défavorisés, reconnue d'utilité publique en 1992.
1991
Pentecôte : jeûne à l'église Saint Joseph de Paris, avec les "déboutés du droit
d'asile" qui font une grève de la faim dans l'indifférence générale.
2001
Remise des insignes de Grand Officier de la Légion d'Honneur par le Président de
la République.
2004
Elevé à la dignité de Grand' Croix de la Légion d'Honneur par le Président de la
République.
2007
Décès de l’Abbé Pierre le 22 janvier.
Henri Grouès, dit
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Biographie de l'abbé Pierre :Henri Grouès, sous le nom de l'abbé
Pierre, s'engage dans la résistance où il aide des juifs à se cacher.
Recherché par la Gestapo, il rencontre le général De Gaulle en 1943 à
Alger. Après la guerre, il est élu député de Meurthe-et-Moselle de 1945 à
1951. En 1949, il fonde "Emmaüs" communauté de chiffonniers construisant
des logements provisoires pour les "sans domicile".
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Abbé Pierre |
Version profane |
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"Je ne crois pas à
Dieu. Je ne crois pas en Dieu. Je crois en Dieu Amour en dépit de tout ce
qui semble le nier. C'est son Etre même d'être Amour, c'est sa substance.
C'est pourquoi, je suis convaincu que le partage fondamental de l'humanité
ne passe pas entre ceux que l'on dit croyants et ceux que l'on nomme ou
qui se nomment eux-mêmes non-croyants. Il passe entre les "idolâtres de
soi" et les "communiants", entre ceux qui devant la souffrance des autres
se détournent et ceux qui luttent pour les libérer. Il passe entre ceux
qui aiment et ceux qui refusent d'aimer."
(Mémoires d'un croyant / 1997) |
"Je ne crois pas à Dieu. Je
ne crois pas en Dieu. Je pense que l'amour, la solidarité et le partage
sont les choses les plus importantes. C'est pourquoi, je suis convaincu
que le partage fondamental de l'humanité ne passe pas entre ceux que l'on
dit croyants et ceux que l'on nomme ou qui se nomment eux-mêmes
non-croyants. Il passe entre les "idolâtres de soi" et les "solidaires",
entre ceux qui devant la souffrance des autres se détournent et ceux qui
luttent pour les libérer. Il passe entre ceux qui partagent et ceux qui
refusent de partager."
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""L'enfer, c'est les
autres", écrivait Sartre. Je suis intimement convaincu du contraire.
L'enfer, c'est soi-même coupé des autres. "Tu as vécu en te voulant
suffisant. Suffis-toi !" A l'inverse le Paradis, c'est être en communion
illimitée. C'est la joie du partage, de l'échange, baignés dans la lumière
de Dieu."
(Mémoires d'un croyant / 1997) |
""L'enfer, c'est les
autres", écrivait Sartre. Je suis intimement convaincu du contraire. C'est
une chose détestable que d'être soi-même coupé des autres. "Tu as vécu en
te voulant suffisant. Suffis-toi !" A l'inverse, le plus important, c'est
d'être solidaire. C'est la joie du partage, de l'échange."
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"La vie éternelle ne
commence pas après la mort." Elle commence maintenant, dans cette vie,
dans le choix que nous faisons chaque jour de se suffire à soi-même ou de
communier aux joies et aux peines des autres. Dieu n'aura pas à nous
juger. Le jugement, ce sera cet instant de pleine lumière où chacun se
verra tel qu'il s'est fait : suffisant ou communiant."
(Mémoires d'un croyant / 1997) |
"La vraie vie ne commence
pas après la mort." Elle commence maintenant dans le choix que nous
faisons chaque jour d'être égoïste ou d'être solidaire et sensible aux
joies et aux peines des autres. Le plaisir, ce sera cet instant de pleine
conscience où chacun se verra tel qu'il s'est fait : égoïste ou
solidaire."
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"Dieu n'est pas le
Tout-puissant dominateur, c'est le Tout-puissant captif, captif des
libertés qu'il crée à la cime du monde pour que le monde puisse culminer
dans l'amour."
(Miettes de vie / 1999) |
"Il n'y a rien de plus
important que l'amour, la solidarité, la générosité…."
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"Les blasphèmes qui
montent en multitude de la terre ne sont pas lancés contre Dieu vrai, contre
Dieu Amour. Ils sont lancés à la face des faux dieux, façonnés par les égoïsmes,
les hypocrisies, les intérêts politiques. Le seul blasphème, c'est le blasphème
contre l'amour"
(Mémoires d'un croyant / 1997)
"On ne possède vraiment que ce que l'on est capable de
donner. Autrement on n'est pas le possesseur, on est le possédé."
(Dieu et les Hommes / 1993)
"Il n'y a que les hommes pour tuer un million d'entre eux
pour la victoire d'un chef : des hommes qui ne se connaissent pas s'entre-tuent
sur l'ordre de chefs qui se connaissent et ne s'entre-tuent pas, chefs qui
signeront la paix en se serrant la main, un verre de champagne dans l'autre."
(Absolu / 1994)
"J'ai arrêté d'envoyer de vieux habits à l'abbé Pierre :
il ne les met jamais."
(José Artur / Les pensées)
Il attendait la mort avec impatience. L’abbé Pierre est décédé. Avec émotion et
espoir, la France lui rend hommage. Mais point de fleurs s’il vous plaît, il
aurait préféré que l’argent soit investi pour les plus démunis.
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Enigmatique, son regard, où brillait une lueur
teintée de bonté, de défiance, mais aussi d’inquiétude. Un brin provocateur, l’abbé
Pierre n’a jamais hésité à mettre les pieds dans le plat pour se faire
entendre et défendre sa cause, celle des plus démunis. Coriace, le petit homme
ne s’est jamais laissé démonter. En dépit des intérêts divergents ou de
l’indifférence des pouvoirs publics, il s’est fait trublion, saisissant la
moindre opportunité, multipliant les rappels à l’ordre pour mener jusqu’au bout
son combat : celui de la lutte contre l’exclusion.
Nom de code : abbé Pierre
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Très tôt, Henri Grouès nourrit le besoin de
s’investir pour autrui. Personnalité exaltée et désintéressée, il commence par
redistribuer ses biens personnels et renonce par écrit à son héritage avant
d’entrer chez les capucins, ordre réputé pour sa grande pauvreté. En 1938, il
est ordonné et affecté à Grenoble. Son combat commence en 1942, quand, sous
l’Occupation, il entre dans la clandestinité pour venir en aide aux juifs et
soutenir la Résistance. C’est d’ailleurs à cette époque qu’il est surnommé abbé
Pierre, un pseudonyme qui ne le quittera plus. Fait prisonnier par l’armée
allemande, il s’échappe, puis devient en 1945 député de Meurthe-et-Moselle. Il
profite d’ailleurs de ce statut pour déposer un projet de loi favorable au
respect de l’objection de conscience, principe qu’il illustrera à de nombreuses
reprises au cours de son existence. Il commence alors à organiser la
construction de logements pour les sans-abri.
Emmaüs
En 1949 déjà, l’abbé Pierre donne une structure
à son combat et fonde Emmaüs. L’association se donne alors pour mission d’aider
au premier degré les plus nécessiteux, en les recueillant et en les aidant à se
sortir de la misère. En quelques années, son rôle s’intensifie, jusqu’à la
création en 1971 d’Emmaüs international, qui étend son rayon d’action au monde
entier. Alphabétisation, emploi, santé, logement, accompagnement… Emmaüs
intervient dans de nombreux domaines, pour un soutien quotidien nécessaire à la
réinsertion. Elle se construit également une image accessible en imaginant un
système d’autofinancement participatif et original : la récupération et la
revente au grand public d’objets de seconde main. Sur le plan international,
Emmaüs s’implique essentiellement dans le respect des droits de l’homme. Au fil
des ans, le mouvement a su mobiliser l’intérêt et les initiatives, donnant
naissance à des vocations parallèles comme celles d’ATD Quart-Monde, du Droit au
logement ou d’Artisans du monde. Elle réunit aujourd’hui des milliers de
bénévoles et de salariés au sein de 250 communautés - dont la Fondation Abbé
Pierre - au nom de la lutte contre l’exclusion et du respect de la dignité.
L’insurrection de la bonté
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Le 3 décembre 1954, RTL diffuse un appel qui va
interpeller les consciences. "Mes amis, au secours ! Une femme vient de
mourir gelée cette nuit à trois heures." En quelques mots l’abbé Pierre,
alors jeune prêtre, alerte l’opinion publique quant à l’urgence de la situation
des sans-abri, et devient du même coup leur porte-parole. Les dons affluent, les
manifestations de soutien aussi. Si le gouvernement prend alors des mesures
d’urgence, cette date, loin d’être une victoire, marque le début d’un combat
acharné pour le droit au logement. Nul ne saura déterminer si l’impact
considérable de cet appel fut provoqué par la ferveur de l’abbé Pierre, la
rigueur de l’hiver ou le contexte de l’époque. Toujours est-il que, comme l’a
souligné à juste titre Jean-Louis Borloo, il reste l’un des seuls dont la voix a
véritablement été entendue.
Et après ?
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Voilà plusieurs années qu’il attendait son
heure. "Le Bon Dieu se moque de moi. Y en a marre !" L’abbé Pierre a donc
consciencieusement préparé sa suite. Dénué de tout bien personnel depuis l’âge
de 18 ans, il a simplement confié à la Fondation Abbé Pierre le soin de
redistribuer les dons adressés à son nom. Il a également pris les dispositions
nécessaires pour que la pèlerine qui ne le quittait jamais, et qui lui avait été
offerte par un sapeur-pompier, soit remise au musée des Pompiers. En ce qui
concerne son combat, s’il va être relayé par tous ceux qui l’entouraient, l’abbé
Pierre n’a pas souhaité désigner un successeur. Pourtant, certains se déclarent
prêts à assurer la relève, et notamment Jean-Baptiste Legrand, président de
l’association Les Enfants de Don Quichotte, qui a récemment marqué les esprits
en installant le long du canal Saint-Martin près de deux cents tentes destinées
à accueillir des sans-abri. "S'il meurt maintenant, ce n'est peut-être pas
anodin. Demain il va faire moins 5 degrés dehors, continuons à dire notre
indignation." Par ailleurs, un projet de loi en faveur du droit au logement
a récemment été proposé au Conseil des ministres. Il devrait prochainement être
adopté puis appliqué de manière progressive pour l’ensemble des personnes
concernées de près ou de loin par le mal-logement. Le député Georges Fenech
s’est d’ailleurs empressé de proposer de lui donner le nom de l’abbé Pierre.
Je voulais être missionnaire, marin ou brigand
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L’abbé Pierre a largement suscité le respect et
l’admiration. Très populaire, il fut élu "personnalité préférée des Français"
entre 1989 et 2004, année où il demanda à être retiré du classement.
"Maintenant je suis vieux et fatigué, j'arrive au bout de la route et je dis à
tous ceux qui me placent là-haut : C'est à vous d'être formidables, moi j'ai
fini." Ce statut privilégié dans le coeur de l’opinion publique explique
notamment l’attention que lui ont accordé les responsables politiques, en dépit
de son obstination frôlant souvent l’insolence. Profondément humain, l’abbé
Pierre a également commis des erreurs, comme celle de soutenir en 1996 l’ouvrage
négationniste de son ami Pierre Garaudy alors qu’il ne l’avait pas lu. Fin 2005,
il surprend en publiant son autobiographie,
‘Mon Dieu… pourquoi ?’, dans laquelle il avoue avoir cédé quelquefois au
désir charnel et se déclare pour l’ordination des femmes… et contre le célibat
des prêtres. Prompt à bousculer son image, l’abbé Pierre restera dans les
esprits comme un homme de convictions.
Entré à l’hôpital pour une "petite bronchite", l’abbé Pierre s’est finalement
éteint. "L'infection pulmonaire pour laquelle il avait été hospitalisé, après
une amélioration tout au long de la semaine, l'a finalement emporté", a
déclaré
Martin Hirsch, président d'Emmaüs France. Mobilisé jusqu’au dernier instant,
celui qui a consacré sa vie à son combat pour les plus démunis, agaçant parfois
par son entêtement les responsables politiques, nous quitte en pleine campagne
électorale. Reste à savoir jusqu’où les candidats seront prêts à honorer sa
mémoire…
Emilie Vitel pour Evene.fr - Janvier 2007